Potager

La question du désherbage à l’heure du mouvement écologique

desherber de maniere ecolo
Written by Irma Smith

L’écologie est devenue un sujet de société majeur, et a dépassé les simples contours de la politique auxquels on la cantonnait jusqu’à alors.

Il faut dire que l’avenir de la planète semble se jouer dans les prochaines décennies : nos GES (gaz à effet de serre) et notre empreinte carbone bouleversent de plus en plus le climat jusqu’à menacer la survie de l’Humanité.

Il semble que les enjeux capitalistes et politiques sont aujourd’hui trop élevés pour que le changement tant attendu vienne des autorités : aussi les populations se mobilisent pour accélérer le mouvement.

Les citoyens sont alors à la recherche de solutions pour changer leur façon de consommer et d’impacter l’environnement.

Focus aujourd’hui sur le désherbage, une pratique qui semble tout à fait « anti-écologique ».

Désherber, qu’est-ce que c’est ?

Désherber, c’est bien sûr éliminer les mauvaises herbes (aussi appelées adventices) qui peuvent se développer dans votre potager, dans vos massifs ou encore dans les interstices de votre terrasse.

A l’origine, le désherbage n’était pas à proprement une « élimination » sinon un « déterrage » : on s’occupait simplement de déterrer, à la main, les mauvaises herbes – en prenant soin d’ôter leurs racines.

Le désherbage s’est peu à peu industrialisé grâce à des techniques et des produits puissants, à savoir des outils mécanisés (et coûteux en énergie, comme le motoculteur/la motobineuse) ou des fongicides, pesticides et autres insecticides chimiques.

Dans tous les cas, le désherbage manuel a peu à peu disparu au profit de techniques plus… confortables. Mais pas forcément plus efficaces.

Le désherbage manuel est assurément la technique la plus performante

Oui mais voilà : être courbé ou les genoux dans la terre pendant plusieurs heures pour arracher méthodiquement des mauvaises herbes…

Cela nous semble complètement aberrant aujourd’hui.

Les apports technologiques, on l’a vu, sont nocifs pour l’environnement. Alors comment concilier le côté sain du désherbage manuel avec des techniques plus modernes, et surtout moins contraignantes ?

Certains outils sont à citer, parmi lesquels les arraches mauvaise herbe mécaniques (plusieurs marques scandinaves proposent des outils plus ou moins solides), les binettes ou encore des couteaux désherbeurs.

Les bras articulés restent les outils les plus intéressants, car ils permettent de rester dans une position verticale, alors que les autres nécessitent un effort physique et, potentiellement, une douleur dorsale due à un mouvement répété.

Dans tous les cas, ces techniques manuelles ont une limite : elles sont particulièrement chronophages, et peu adaptées à de grandes surfaces.

L’énergie thermique pour éliminer les mauvaises herbes ?

Face à ce constat, de nouvelles techniques ont été mises au point pour désherber avec précision, et sur de plus grandes surfaces.

L’utilisation de chocs thermiques a été plébiscitée : en imprimant un choc thermique aux mauvaises herbes, on parviendrait à « tuer » le cœur de la plante.

L’adventice dépérirait ensuite d’elle-même, sous quelques jours ou quelques semaines.

Cette hypothèse a donné lieu à la conception de plusieurs outils adaptés aux particuliers comme aux professionnels : les désherbeurs thermiques.

Ces machines se présentent sous la forme d’un long tube avec un manche, un peu semblable à celui d’un aspirateur.

Au bout de ce tube, au ras du sol, un bec qui va « projeter » de la chaleur sur la plante à éliminer.

Désherbeurs thermiques électriques ou à gaz fonctionnent de la même façon : ils utilisent l’énergie pour imprimer une forte chaleur et ainsi tuer l’adventice.

L’intérêt de ses appareils est triple :

  1. Le désherbage thermique est précis. On « vise » avec efficacité la plante à éliminer, et on peut tout à fait éviter d’abîmer la ou les autres organismes vivants à proximité.
  2. Peu contraignant et peu d’efforts physiques. Le tout se fait en position debout ; l’engin est relativement léger et facile à transporter.
  3. Peu polluant. Les désherbeurs thermiques électriques sont les moins polluants. Leur impact GES est minime.

Les remèdes de grand-mère ont la peau dure

désherber son potager

Le désherbage thermique, après des années de recherche, s’avère aujourd’hui efficace.

Reste qu’il est relativement confidentiel aujourd’hui, sauf pour les collectivités qui adoptent de plus en plus ce genre de machine pour désherber de grandes surfaces (voiries, routes, trottoirs, etc).

Enfin, il faut noter que lorsque le mot « désherbage » est prononcé dans une conversation, chacun a sa « recette » ou sa méthode pour désherber proprement…

Ah, vous en avez déjà entendu parler ?

Ces recettes de grand-mère qui conjuguent bon sens populaire et produits naturels…

Ces mélanges à base de sel, de vinaigre blanc ou encore de purin d’orties ?

Oui mais voilà : ces mixtures aussi artisanales que bon marché sont une véritable catastrophe pour l’environnement.

Sous couvert d’utilisation de produits « naturels » comme le vinaigre ou le sel, les particuliers ont pris l’habitude de désherber un peu n’importe comment.

Or, et pour rappel :

  • Le sel stérilise la terre. Ajouter du sel dans le sol tue tous les micro-organismes, sans possibilité de retour en arrière. Certaines villes ont d’ailleurs cessé d’utiliser le sel pour déneiger, tant celui-ci avait des impacts environnementaux majeurs.
  • Le vinaigre blanc n’est pas un produit naturel. C’est un produit ménager industriel utilisé pour à peu près tout : détartrer, nettoyer, dégraisser, mais aussi comme anti-bactérien… Car il tue tout sur son passage ! Attention, il n’est pas sans risque pour votre santé.

En conclusion : pour désherber, attention aux fausses bonnes idées…

Un mot d’ordre alors : évitez les mélanges et les bonnes idées lues au détour d’un magazine.

Mettez en question ce « bon sens populaire » qui a la peau dure : si tel ou tel « produit naturel » est tellement efficace pour désherber, c’est sans doute qu’il tue bien d’autres choses que les mauvaises herbes…

Misez sur un usage modéré du bicarbonate de soude ou sur une dilution de vinaigre blanc et d’eau, et faites attention aux produits utilisés purs.

Testez le désherbage thermique pour des zones ciblées. Procédez au paillage pour des zones étendues : mieux vaut prévenir que guérir, et cette technique s’avère très efficace sur le long terme, sans aucun rejet de GES.

Enfin, n’oublions pas que les produits naturels sont très différents des produits écologiques.

Ce qui est naturel n’est pas forcément bon pour la planète, loin de là. Soyons à l’affût des fausses bonnes idées et des produits miraculeux.

Regardons aussi d’un autre œil notre jardin ou notre potager : les mauvaises herbes, grâce à leur décomposition naturelle, sont aussi les garants de la fertilité de notre sol !

Toutes ne sont donc pas si « mauvaises »…

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