On entend souvent ce mot : transhumance, au travers de métaphores notamment. Mais savez-vous de quoi il s’agit réellement ?

Le mot tire son étymologie dans la langue latine, comme bien d’autres. D’une part, le mot “trans” signifie de “l’autre côté” et d’autre part, le mot “humus“, qui n’est ici pas une entrée à base de pois chiches, nous indique “la terre, le pays”.

Alors qu’est-ce que la transhumance ? Et bien tout simplement une migration périodique du bétail en fonction des conditions climatiques : soit de la montagne vers les plaines, soit l’inverse.

Le bétail, quel bétail ?

Essentiellement les bovidés et les cervidés, mais il faut savoir que le terme s’applique aussi à la migration des abeilles d’une région à une autre. Mais dans ce cas, ces dernières sont autonomes.

La transhumance n’est pas une méthode née de la dernière pluie, elle se pratique depuis plus de 4000 années dans le monde entier, elle vise à assurer la reproduction et l’engraissement des troupeaux.

Est elle toujours pratiquée de la même manière ? Plus ou moins. Elle est toujours autant pratiquée…beaucoup moins, elle est en déclin depuis plusieurs années, ce qui pose bien des problèmes toutefois, car la transhumance joue un rôle essentiel pour le développement durable de l’agriculture.

Depuis peu, certaines missions environnementales auraient tendance à redorer un peu son blason, fort heureusement, car cette méthode est essentielle, ne serait-ce que pour nos montagnes. Comprenez que c’est une manière de lier l’utile à l’agréable, car une fois les moutons en haut des cimes, on compte sur eux pour tondre le paysage, maintenir les espaces bien dégagés, lutter contre l’embroussaillement, prévenir les risques d’incendies, d’avalanches, conserver la biodiversité, etc..

Il est donc primordial de conserver la transhumance dans notre société, mais cette technique ancestrale est elle plus que jamais en danger en 2017…?

Quand les troupeaux s’offrent des vacances

transhumance france

Nous l’avons dit, la transhumance est le nom que l’on donne aux voyages des moutons (entre autres) pour changer de pâturages.
L’hiver, direction les plaines et les collines, au printemps , retour en bergerie pour faire naître les agneaux et enfin en été, quand neige a fondu, direction les montagnes en quête d’herbes fraiches et nourrissantes.

Les moutons ne font pas le trajet pour voir du pays et prendre du bon temps, ils s’adaptent aux saisons, passent l’hiver à profiter généralement d’un climat méditerranéen chaud et humide (en Provence typiquement). Au printemps, le climat se réchauffe l’herbe se raréfie, la neige fond et les jeunes pousses sortent de terre, les troupeaux prennent donc de l’altitude.

Quand les mauvais jours reviennent, le troupeau fera demi-tour.

La transhumance, c’est d’abord un gros périple, avec ses 3 jours de marche à base de 25km quotidiens, les moutons ne sont pas en autonomie avec leurs petits baluchons, non, on compte souvent un berger devant, un derrière et une voiture balai. On doit absolument éviter que le troupeau s’étire et que les agneaux se fassent distancer.

L’ennemi de la transhumance, c’est la circulation routière, car on est souvent contraints d’emprunter quelques tronçons de national, souvent le périple s’effectue donc de nuit ou au petit matin.

Cap sur la transhumance moderne

Transhumance rime avec Provence, coïncidence ?

Non, en France chaque année, plus de 500 000 moutons naviguent entre cette région et les Alpes, mais ce n’est pourtant pas le seul endroit ou l’on pratique ce type d’élevage.

On trouve aussi des navettes entre l’Heraut et le Gar, les troupeaux passent alors l’hiver dans les hauteurs de la Lozère. Autrefois, c’était des Pyrènes aux landes, mais aujourd’hui, la méthode n’est plus pratiquée dans cette région.

Ne faites pas fausse route, les moutons se déplacent toujours, mais les trajets sont moins long, les hivers se passent généralement en bergerie et les étés sur les hauteurs, on appelle cela l’estive : une méthode d’élevage également pratiquée dans les Alpes et en Corse !

Bref, rares sont les bergers qui pratiquent encore la transhumance “active”. Jusque dans les années 60, il y avait des dizaines de milliers de moutons qui envahissaient les routes depuis la Provence jusqu’aux Alpes. Bergers et troupeaux pouvaient ainsi marcher jusque 10 jours d’affilés et faire des centaines de km dans la chaleur !

Mais de nos jours, la plupart des bergers ont troqué sabots contre bétaillères, certes plus stressantes pour les bêtes, mais réduisant considérablement le temps de trajet, généralement une journée suffit ! On appelle cela transhumance moderne.

Le “crew” parfait pour une transhumance réussie

Il y a des bêtes meneuses dans les troupeaux, elles sont plus expérimentées que les autres, elles connaissent le trajet et font donc “course” en tête.

Derrière ces dernières, on trouve des floucas, ce sont des moutons domestiques tenus en laisse qui ont pour but d’aider leurs prochains !

Il faut bien entendu des “chiens de conduite”, capables de comprendre et interpréter une vingtaine d’ordres et de distinguer la gauche de la droite !

Ces chiens sont épaulés par les patous : des animaux de protection en haute montagne, de véritables gardes du corps qui repoussent les prédateurs comme les loups.

La laine, un business plus si “frais”

merinos australiens

Toute cette petite équipe arrive exténuée par tant de marche et de chaleur ! Mais il faut savoir que les moutons n’ont pas si chaud en réalité, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la laine est un parfait isolant thermique qui protège tant du chaud que du froid.

C’est en partie dû à sa structure recouverte de petites écailles, visibles à l’échelle microscopique, qui emprisonnent les bulles d’air. D’ailleurs, une pelote de laine flotte à la surface de l’eau, grâce à cet air qu’elle contient.

Cet air constitue une couche supplémentaire entre la peau et le poil de l’animal, à l’image d’un double vitrage, l’air absorbe la chaleur ou le froid.

Mais tous les moutons n’ont pas que de la laine sur le dos. D’ailleurs avant, ils avaient du crin, puis une couche de jar et enfin de la laine. Aujourd’hui, certains moutons ont encore ces 3 couches, mais la plupart, sélectionnés par l’homme n’ont plus que de la laine.

Et en ce qui concerne la laine, les merinos australiens sont les champions toutes catégories, avec leurs toisons de 7 kilos par animal ! C’est pourquoi les laines australiennes et néo-zélandaises sont leaders incontestées du marché mondial du textile.

Seulement voilà le souci, le commerce de la laine ne fait plus vivre les éleveurs français, la peau de leurs moutons leur coute plus cher qu’elle ne leur rapporte. Alors l’éleveur s’est reconverti dans le commerce de la viande, plus rentable. Il faut donc faire le maximum d’agneaux !

Les agneaux naissent généralement juste avant la transhumance au printemps ou à l’automne, dès leurs retours. Mais même le commerce de ces agneaux ne rapporte pas suffisamment, alors les éleveurs doivent encore trouver d’autres sources de revenus !

Par exemple, si l’on prend un troupeau de 700 bêtes :

  • Location du pâturage
  • Compléments alimentaires
  • Transport
  • Assurance
  • Soins
  • Achat de nouvelles bêtes (compte environ 300 euros par bélier)
  • Achat de diverses fournitures agricoles comme des bacs spéciaux pour pâturages

Compte environ 40 000€ pour le tout

Revenus :

  • Vente des agneaux
  • Vente des brebis trop vieille
  • Laine

Environ 35 000€

Les bergers en danger…la transhumance aussi

Vous comprenez bien qu’il y a de la perte, beaucoup de bergers doivent donc mettre la clé sous la porte, or les moutons sont indispensables pour nettoyer la montagne, un système d’aide française
et européenne a donc été mis en place pour préserver la transhumance et permettre aux bergers de vivre.

La plupart des bergers sont embauchés pour 4 mois, payés au SMIC par les éleveurs, dès l’automne. Mais ils doivent trouver un autre travail, ce métier est plus que jamais en péril.

Fête de la transhumance

Pour finir néanmoins sur une note plus joyeuse et une touche d’espoir, sachez que la transhumance se célèbre depuis la fin des années 1980, elle devient alors le temps d’un instant l’animation phare des vallées.

Ces fêtes de la transhumance permettent de redécouvrir terroir et métiers du pastoralisme !